Cuisse de Nymphe

“LES FEMMES […] DEMANDÈRENT AU CHEVALIER QUELLES ÉTAIENT LES COULEURS LES PLUS EN VOGUE; IL LEUR RÉPONDIT QU’ON PORTAIT MAINTENANT LE SOUPIR ÉTOUFFÉ, LA CUISSE DE NYMPHE ÉMUE, LES DÉSIRS SATISFAITS, LA PASSION DÉVORANTE, LE LENDEMAIN DE NOCES. ON RAISONNA BEAUCOUP SUR TOUTES CES COULEURS […].”
— JEAN-HENRI MAUBERT DE GOUVEST / LETTRES IROQUOISES (1783)

Il n’était pas envisageable pour moi de créer une petite roseraie sans y voir figurer quelques roses anciennes, si particulières par leur parfum, leurs formes voluptueuses et le poids de leur passé…
Cuisse de Nymphe fait partie des plus anciennes puisqu’elle aurait déjà été représentée dans des enluminures de manuscrits de cette époque, nous apprend François Joyaux dans son Encyclopédie des Roses Anciennes.
Mieux encore: si ses origines sont controversées, ce beau rosier est cependant reconnu comme étant l’un des plus anciens hybrides de la rose blanche (Rosa alba) des Grecs et des Romains.

Cuisse de Nymphe est arrivé en France à la fin du XVIe siècle, ramené depuis la Crimée
C’est donc un rosier historique, un rosier originel que j’ai accueilli et que mon mari a planté le 29-10-2019.
Une fois de plus, lorsqu’il est arrivé, il était en piteux état.
J’ai eu beaucoup d’inquiétude pour lui pendant plusieurs mois.
Il était en retard sur tous les autres, paraissait plus survivant que vivant.
Mais tout à coup, fin avril, il a rattrapé son retard en arborant un feuillage luxuriant et, dès les premiers jours de mai, plusieurs boutons.

En attendant sa floraison, je me suis penchée sur son passé.
Le nom de Cuisse de Nymphe dispose de plusieurs synonymes: Great Maiden’s blush, Rosa x alba « incarnata », Rosa alba x regalis » Thory, Rosa camea « Grande Royale », Rosier blanc royal ou Grosse Cuisse de Nymple.
En revanche, il ne faut pas le confondre avec Cuisse de Nymphe émue aussi appelé Nymphe naine émue ou Petite anglaise.
Cette variété propose un rose moins pâle sur les bords ( plus « ému »).
Ce rosier semble avoir été sélectionné dans les prestigieux jardins de Kew, en Angleterre, dans le but d’obtenir une variété plus petite.

J’ai attendu la première floraison de ces roses de Cuisse de Nymphe comme un enfant s’apprêtant à fêter Noël, ce d’autant que cette floraison est unique dans l’année.
Je savais que ses roses étaient réputées pour leur parfum et pour être un chef-d’oeuvre de délicatesse comme le soulignait Promesse de Fleurs où j’avais acheté le rosier.
Pour l’instant, deux roses se sont ouvertes, évoluant merveilleusement de jour en jour, et plusieurs boutons sont en passe de le faire également.
Le rosier est encore très jeune, les fleurs qu’il me donne sont irrésistibles.
Je suis touchée par leur grâce, leur aspect, et… par cette couleur d’une infinie délicatesse.
De plus, c’est rose a une qualité inestimable: sa couleur capte la lumière d’une manière très particulière…
Tant que durera sa floraison, je pense que je passera beaucoup de temps à le photographier!

Ecriplume

A savoir: 

  • Type de Rosier: Rosier Ancien
  • Obtenteur: Origine horticole
  • Année de commercialisation: 
  • Espèce:  (x) alba
  • Autre nom commun: La Séduisante, La virginale, Great Maiden’s blush, Rosa x alba « incarnata », Rosa alba x regalis » Thory, Rosa camea « Grande Royale », Rosier blanc royal ou Grosse Cuisse de Nymple.
  • Port: Rosier Arbustif grimpant, irrégulier, buissonnant
  • Famille: Rosaceae
  • Couleur: Rose très pâle, rose incarnat.
  • Parfum:  Parfum excellent, musqué, poudré.
  • Floraison: Non remontante, de mi-mai à juin
  • Fleur:  fleurs doubles, grandes, en coupe
  • Résistance aux maladies: Moyenne
  • Hauteur: 150 cm
  • Largeur: 120 cm 
  • Feuillage: Caduc
  • Particularité: Plante mellifère, croissance rapide, peu d’aiguillons.

Besoins:

  • Type de sol:  Normal
  • Climat: Tous
  • Exposition: Soleil, mi-ombre

D’où vient son nom?

Je me suis souvent demandé d’où venait ce nom insolite de Cuisse de Nymphe jusqu’à ce que j’apprenne qu’il s’agit… du nom donné à une couleur.
Tout comme Cuisse de Nymphe émue, d’ailleurs.
Les pétales de Cuisse de Nymphe sont d’un rose délicat, mis en valeur par le vert du feuillage.
Tandis que les Français le baptisaient dans un premier temps Rosier blanc royal, les Anglo-Saxons se risquaient de leur côté à un polisson Great maiden’s blush (« Grand rougissement virginal »).
Le temps passant, le rosier donna son nom à une couleur incarnat rose pâle doté de nombreuses nuances.
Couleur à la mode à la fin du XIXe siècle à Paris, si prisée qu’elle était très utilisée pour les robes des élégantes.
Faisant référence au sexe féminin, cette couleur a été au coeur d’une multitude de jeux de mots et de langage… qui ont fait sa gloire puisque, contrairement à d’autres, cette couleur n’est pas tombée dans l’oubli.