Le langage des roses…

Et toi, la rose, toi la Reine, toi qui nous en fais voir de toutes les couleurs et qui nous griffe jusqu’au sang, comme on t’aime!

Sacha Guitry

Si vous pensiez qu’offrir une rose, quelle que soit sa couleur, véhicule un unique message d’amour passionné, vous êtes loin du compte…
Ce sont bien sûr les roses rouges qui font passer un message d’amour ardent, comme le savent tous les fleuristes qui, à la St-Valentin, doivent réaliser des prouesses pour pouvoir satisfaire les demandes de leur clientèle.
Sous cette couleur flamboyante, la fleur est l’emblème de la passion, de la puissance des sentiments, de l’amour parfait, voire de l’adoration amoureuse.
Si vous avez envie de délivrer un message très particulier, offrez-en trois douzaines au moins, ce qui se traduit par « Je t’aime à la folie… »
Sachez aussi que plus la fleur est épanouie et plus vous enflammez votre message. Sous toutes ses formes le bouquet de roses rouges indique un désir sexuel et l’invitation à l’amour charnel.

Lorsqu’elle s’habille de rose, la rose célèbre l’apogée de la beauté, de la féminité et de la sensualité. Elle rend hommage à la femme dans toute sa plénitude et dévoile vos

sentiments à demi-mots, indiquant la tendresse, la fidélité, l’espoir d’être aimé et le bonheur d’être amoureux.
Offrir un bouquet de roses de cette couleur est un signe de délicatesse. Et, lorsqu’elles sont proposées en boutons, elles sont le symbole d’un amour naissant et l’espoir de séduire sa belle.

La rose blanche est bien sûr le symbole de la pureté… mais dénuée d’innocence! La belle n’a rien d’angélique, comme on pourrait le croire, lorsqu’elle est offerte à une dame. Elle peut être offerte dans le cadre d’une relation adultérine qui doit rester secrète. Mais elle évoque également l’amour pur et raffiné, et la promesse de troublants fantasmes. Un bouquet de roses blanches marque votre intérêt pour une personne et l’assure de votre attachement. Elle peut être une déclaration d’amour timide, le message d’un soupirant réservé, ou l’invitation à des aventures nébuleuses… Mais aussi un message de paix, d’attachement et d’amour chaste.

Lorsqu’elle est orange, la rose exprime le désir charnel, l’admiration et l’enthousiasme. Si vous l’offrez à quelqu’un que vous souhaitez séduire, elle adressera un message parfaitement clair.

Parce que le jaune symbolise la lumière, la chaleur et le soleil, des roses de cette couleur sont parfaites pour exprimer des sentiments amicaux. Mais attention, il y a un piège. Dans le langage amoureux des fleurs, la rose jaune peut exprimer la trahison, l’infidélité voire la rupture, ou encore un pardon sollicité ou accordé… La solution pour éviter les malentendus? Joindre une carte explicative à votre bouquet…

Très rare, et pour cause, la rose bleue apporte la jeunesse et la possibilité de réaliser ses voeux à la personne qui la reçoit.

Enfin, le langage des fleurs peut être cruel… La plus claire façon d’indiquer à quelqu’un que l’on veut rompre la relation est de lui envoyer… des roses sans tiges.

Si vous offrez un bouquet de moins de dix roses, il est conseillé d’offrir un nombre impair, pour des raisons esthétiques.
Mais certaines quantités envoient également un message:
– 1 rose : pour révéler un coup de coeur.
– 2 roses : pour implorer un pardon.
– 12 roses : pour remercier l’être aimé ou accompagner une demande en mariage.
– 24 roses : pour être au summum de la galanterie.
– 36 roses : pour avouer son amour (rouges), pour un bouquet de fiançailles (blanches ou roses).
– 101 roses : pour exprimer un amour fou.

Ecriplume

BIBLIOGRAPHIE:

  • « Dites-le avec des fleurs », Patrick Mioulane, Ed. Larousse.
  • Infos Interflora

Pompéi du temps des parfumeurs

Fresque des Amours Parfumeurs de la Maison des Vetii à Pompéi.

Si Zeus voulait donner une reine aux fleurs, la rose régnerait sur toutes. »

Sappho (VIIe siècle avant J.-C.)

De la ville de Pompéi, la plupart d’entre nous sait qu’elle a été détruite lors d’une éruption du Vésuve, en 79.
De cet immense site archéologique où la vie s’est figée à jamais, ont été exhumés au fil du temps quantité d’objets qui nous permettent de comprendre le quotidien des habitants de la Campanie, durant l’Antiquité.
Et c’est ainsi que nous savons aujourd’hui que des siècles avant nous, les Pompéins étaient de grands connaisseurs en matière de parfums, comme l’étaient avant eux les Grecs et les Orientaux.
Le parfum avait une place de choix dans le quotidien, sous forme de résine odoriférante, d’huiles de massage, d’onguents, de parfums à brûler, et la parfumerie avait pignon sur rue dans la ville.

Animation de la Fresque des Amour parfumeurs
A Pompéi comme à Herculanum, plusieurs boutiques de parfumeurs ont été ensevelies lors de la catastrophe du Vésuve.
Des fresques provenant de la Maison des Vetii, à Pompéi, ont également été mises à jour et nous permettent de découvrir comment les parfumeurs s’y prenaient pour obtenir notamment la très prisée huile de rose.
Ils pressaient des olives, des amandes amères, du sésame ou des noix de ben pour en tirer l’huile
Les matières odorantes étaient ensuite ajoutées à l’huile chauffée délicatement pour éviter les odeurs de brûlé.
Les archéologues estiment qu’il fallait 1 kg de pétales de roses pour 1 l d’huile.
Divers écrits comme ceux de Pline l’Ancien nous indiquent que d’autres ingrédients entraient dans la composition pour épaissir et fixer la senteur, et éviter l’oxydation, comme le sel fin, la fleur de sel, le jonc odorant ou le safran.
Ces méthodes ne sont plus utilisées depuis le XIXe siècle pour la rose

Ecriplume

Bibliographie:
Le Parfum des Roses de Jean-Claude Caissard et Sylvie Baudino, Editions, Publication de l’Université de St-Etienne, 2018.

Petit glossaire des mots attachés aux roses

Ce glossaire sans prétention n’est pas exhaustif et sera sans doute complété avec le temps.
Mais j’ai pensé qu’il pourrait être utile à ceux qui, comme moi, ont cherché la signification de certains de ces mots alors qu’ils effectuaient leurs premiers pas dans le monde des roses…

  • Akène: En botanique, désigne un fruit sec qui n’a aucune fente de déhiscence. C’est le véritable fruit du rosier.
  • Attar de rose: Synonyme d’huile essentielle de rose.
  • Cuticule: Couche de cire naturelle recouvrant un organe végétal.
  • Cynorhodon: En botanique, désigne le faux-fruit charnu et coloré du rosier contenant les akènes. Ce fruit provient de la croissance du réceptacle floral.
  • Duplicateur d’une fleur: Se dit d’une fleur dont le nombre d’organes (le plus souvent les pétales) est supérieur au nombre habituel, comme par exemple une rose ayant dix ou vingt pétales au lieu de cinq comme dans les espèces sauvages.
  • Génomique: Discipline scientifique qui s’intéresse à l’analyse des génomes, c’est-à-dire à l’ensemble des gènes d’un espèce.
  • Inflorescence: L’inflorescence (du latin inflorescere : fleurir) est la disposition des fleurs sur la tige d’une plante à fleur.
  • Rhodologue: Se dit d’un botaniste étudiant la classification des roses.
  • Rose double: Se dit d’une rose ayant plus de vingt pétales, le plus souvent supérieur à cent.
  • Rose non remontante: Se dit d’une rose qui ne fleurit qu’une fois dans l’année.
  • Rose semi-double: Se dit d’une rose ayant dix à vingt pétales.
  • Rose simple: Se dit d’une rose à cinq pétales. Se dit aussi pour distinguer une variété d’une autre. Par exemple les rosiers du groupe Centifeuilles cultivés à Grasse sont nommés R. x Centifolia « Simple » car même si les fleurs sont doubles, elles ont moins de pétales que d’autres variétés nommées R. x Centifolia « Double ».
  • Rosomane: Se dit d’une personne spécialiste de l’étude des roses.
  • Séquence du génome: Carte de l’enchaînement des molécules d’ADN du génome.
  • Sport: Se dit d’une mutation à l’extrémité d’une branche, cette mutation donne un aspect particulier aux fleurs de cette branche.
  • Rose remontante: Se dit d’une rose qui fleurit plusieurs fois dans l’année.

Le Raphaël des Fleurs ou l’énigme Redouté…

J’étais jeune adolescente lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de la « rose Redouté ».

Pierre-Joseph Redouté

J’ai vaguement écouté les adultes qui en parlaient expliquer qu’il s’agissait de l’une des espèces de roses que Joséphine de Beauharnais cultivait dans les jardins de la Malmaison.
Quelques années plus tard, alors que je vivais à l’époque à Leysin, en Suisse, j’ai voulu en savoir plus.
Mais Internet n’existait pas et la bibliothèque du village ne possédait pas d’ouvrages sur ce sujet.
La vie et mon travail m’ont ensuite entraînée vers d’autres priorités.
Je n’ai plus jamais entendu parler de la « rose Redouté » jusqu’à quelques semaines en arrière.
Quelqu’un avait écrit sur Internet que cette rose était le cadeau traditionnel que l’on faisait aux cadres de certaines entreprises.
J’étais perplexe.
Offrir un rosier à un employé était un cadeau qui pouvait ne pas plaire à tout le monde…
Cette fois, j’ai cherché… et j’ai trouvé.
« Redouté » n’est pas le nom d’une rose, mais d’un homme qui les peignait avec tellement de talent qu’il avait été surnommé le Raphaël des fleurs.
Pierre-Joseph Redouté est né à St-Hubert, en Belgique, en juillet 1759, dans une famille de peintres modestes.
Il a commencé sa carrière à Paris où il a notamment peint des décors de théâtre tout en étudiant les plantes au Jardin du Roi, pour son plaisir.
Sa rencontre avec Charles Louis l’Héritier de Brutelle, juriste grand connaisseur de botanique va être le déclencheur d’une nouvelle orientation.

Sur ses conseils, il partira à Londres pour étudier au prestigieux jardin de Kew et, de retour à Paris, sera introduit à la cour de Versailles.
Marie-Antoinette adorait ses compositions florales qui lui vaudront le titre de Dessinateur et peintre du Cabinet de la Reine.
Sous la Révolution, en 1792, il sera nommé Dessinateur de l’Académie des Sciences et travaillera avec les botanistes les plus éminents. 
C’est ainsi qu’il rencontrera Joséphine de Beauharnais qui sera sa protectrice et lui ouvrira les portes de la roseraie de la Malmaison.
C’est à cette époque que Redouté, parallèlement à son travail de botaniste, va se consacrer à ce qui deviendra son ouvrage de référence en trois volumes:  Les Roses, qui regroupe des

centaines de planches sur les différentes espèces de roses.
Certaines de ces fleurs, aujourd’hui disparues, ne sont connues qu’à travers les peintures de Redouté…
Depuis son décès en 1840, ses livres ont été souvent réédités, et le Château du Lude attribue chaque année le prix Pierre-Joseph Redouté à un ouvrage consacré aux plantes.

Cet homme qui aimait tant les roses est aujourd’hui évoqué au Musée de St-Hubert et au Musée de la Vie romantique, à Paris.

Il fait d’ailleurs partie de notre quotidien: chacun d’entre nous a vu au moins une fois dans sa vie une aquarelle de lui au détour d’un livre ou dans des éléments de décoration qui les reproduisent abondamment…

Ecriplume

Aurélien au jardin

Dimanche matin, alors que la maison dort encore, mon petit-fils Aurélien, presque 5 ans, m’accompagne dans la roseraie lors de mon inspection matinale.
Comme il semble intéressé par les fleurs, je commence à l’initier doucement à l’amour des roses…
Je les lui montre en les appelant par leurs noms et en attirant son attention sur leurs parfums, les couleurs, les formes…
Il se prête au jeu avec complaisance, voire avec une pointe d’enthousiasme, et il s’amuse à compter avec moi le nombre de rosiers encore en fleurs, ceux en boutons et ceux en dormance.
Le résultat le met en joie: il sait que, d’ici quelques jours, le jardin sera à nouveau rempli de fleurs.
Ce qui est le cas sans interruption depuis le mois de mai…
Les roses sont des fleurs merveilleuses qui, pour certaines multiplient les floraisons jusqu’aux premières gelées…
Aurélien s’émerveille et, comme je lui explique qu’être créateur de roses est un métier , me dit:
Ce serait bien si je faisais ça.
– Oh oui… mais tu as bien le temps d’y penser. Et puis tu m’as dit que tu voudrais être pâtissier et astronaute!
– C’est vrai, mais je pourrais faire ça aussi.

Il me regarde, me sourit et ajoute:
– Et j’inventerais la rose Mamitine! Avec ta couleur préférée et  beaucoup de parfum!

Oui… la rose est une fleur merveilleuse… et elle nous offre parfois des moments magiques…

Ecriplume

Trois saisons de bonheur…

J’aime à peu près toutes les fleurs.
Alors… pourquoi la rose est-celle celle qui fait l’objet de tous mes soins, de toutes mes attentions?
Pour de multiples raisons, bien sûr, liées aux parfums, aux couleurs et aux formes…
Il existe tellement de variétés de roses qu’il faut bien une vie pour les étudier toutes.
Mais par-delà toutes ces particularités qui les rendent si précieuses à mes yeux, il en est une qui me stupéfie.
Je ne connais pas d’autres fleurs qui, comme celle-ci, refleurissent de la fin du mois de mai aux premières gelées…
Pratiquement tous mes rosiers le font, à quelques exceptions près.
A tel point que, alors que le mois d’août est entré dans sa dernière semaines, vingt-quatre de mes protégés sont toujours en fleurs ou couverts de boutons prometteur.
Trois saisons de bonheur…

Ecriplume